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Narco News Issue #39

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“J’ai eu l’impression d’être un étranger, à Puebla, ma région”

L’histoire des 166 travailleurs de Tehuacan racontée au Sous-Commandant Marcos


Par Karla Garza Martínez
Indymedia Chiapas

17 février 2006

Il fût un temps où la région de Puebla était une source d’eau pure et non « la capitale de la mézeline ». Il fût un temps où l’eau était cristalline et non couleur « Bleu 501 » de Levi’s. Il fût un temps où les peuples indigènes de cette zone peuplaient les champs et non les prisons (7 de chaque 10 détenus dans la prison régional sont des indigènes). Il fût un temps où les enfants jouaient dans les squares après l’école et n’étaient pas une main d’œuvre simple et bon marché qui travaille de 8 à 8. Ce temps est aujourd’hui bien loin. C’était le tems où il n’y avait pas de maquiladoras à Tehuacan.

Las maquiladoras ne sont autre chose que des centres d’esclavage moderne et légalisé qui ont construit ici l’un de leurs plus productifs paradis d’impunité. Ce sont des sièges d’exploitation où les salaires ne sont pas bas, ils sont une cruelle blague ; là où une femme peut être traitée comme dans un lupanar, là où les droits des travailleurs ne comprennent même pas une trousse de premiers secours.

Dans l’une de ces grottes, un groupe de 166 travailleurs a osé demander moins de ce qui est juste, recevant comme réponse un annonce de licenciement.

La demande des travailleurs de l’entreprise maquiladora « Calidad de Confecciones » ( « Qualité de Confections » ), appartenant à Lucio Gil Diaz, était une demande simple : le paiement des heures supplémentaires et l’élimination d’une longue liste de déductions du salaire absurdes : 10$ par jour pour des retards d’une minute (alors que beaucoup de travailleurs viennent des communautés du sud d’Ajalpan où les transports sont précaires et limités) ; 50$ pour porter des boucles d’oreille, ou des chaussures ouvertes ou les cheveux sans attacher ; et une déduction de 10% du salaire « pour des raisons de production ». Ces réductions signifient la continuité de la plus profonde pauvreté, pour ces travailleurs qui gagnent des infimes salaires d’entre 300 et 600 pesos hebdomadaires, dont 100 qu’ils dépensent en transports.

Les employés ont amené leurs demandes au Bureau Locale de Conciliation et Arbitrage. Le 10 novembre dernier, un accord a été signé. Mais l’accord n’a jamais été respecté. Les travailleurs de l’usine ont organisé pour protester une grève de travail. Or, tout au long de la tournée ils ont subi l’harcèlement, les insultes et l’intimidation des caméras qui registraient à “tout ceux qui ne travaillent pas” et suivent la grève – qui furent aussi enfermés pour leur empêcher d’aller manger. Une semaine après, les employés furent arrêtés à l’entrée de l’usine et ont appris que Lucio Gil avait donné l’ordre de ne laisser entrer personne. Ce fut sa première solution pour échapper aux demandes des travailleurs. Les solutions suivantes furent une succession de jeux de cache-cache. Aujourd’hui encore, on présume que Lucio Gil quittera le pays pour jouir de sa richesse amassée avec la douleur et l’humiliation de ses employés.

Les 166 sont retournés alors au Bureau de Conciliation et d’Arbitrage de Tehuacan, où ils attendaient justice, là où ils ont cherché protection contre les abus de Gil Diaz, là où ils n’ont trouvé que des portes fermées. « Nous avions confiance en les personnes que nous avions élu, et que grâce à nous ils s’habillent en costume et cravate”, ont-ils déclaré. Mais Alejandro Conde, président du Bureau, ne méritait pas cette confiance. Il les a trahi : d’abord, faisant la sourde oreille et ensuite avec sa complicité effrontée.

Il était impossible de rester les bras croisés, mais les maquileros ont à nouveau mis vainement leur confiance dans le gouvernement de l’état, dirigé par Mario Marin Torres. « Nous avons continué nos luttes, nous sommes allés jusqu’à Puebla pour qu’il nous écoute mais malheureusement c’était pire » , a dit Vincente Saavedra, au moment de se rappeler comment ils ont passé d’être traités comme esclaves dans la maquila, à être traités comme délinquants quand ils ont essayé d’arriver jusqu’où Marin présentait son rapport annuel de gouvernement, où il soulignait son soutien aux employés des maquiladoras. Or, plus de 300 grenadiers leur ont empêché de passer.

« Nous allions simplement lui dire de nous envoyer de bons fonctionnaires, qui aiment vraiment leur peuple. (…) Mais ils nous ont arrêtés comme si l’on était des délinquants, et ils nous ont empêche de passer. J’ai eu l’impression d’être un étranger, à Puebla, ma région. Et avec tout ça, quand le gouverneur Marin dit que nous sommes dans un “état de droit “, quel droit? Ils mettent des barbelés pour que nous ne passions pas »

Alors les 166 n’avaient plus rien à attendre d’en haut. Mais ils ne sont pas seuls, à leurs côtés luttait aussi Martin Barrios, leur Martin Barrios, membre de la Commission de Droits de l’Homme et du Travail de la Vallée de Tehuacan. Leur défenseur et un vrai compañero. Mais Martin a payé avec deux raclées et deux semaines de prison l’audace d’exiger justice.

« Ils voulaient nous écraser, ils ont pensé ‘si nous descendons ce connard [Martin Barrios] plus rien ne se passera’, mais au contraire, ça nous incite à continuer, parce que lui, il nous a jamais laissé seuls », dissent-ils, témoignant du respect et de l’affection pour Martin Barrios.

Lucio Gil Diaz espérait que les raclées allaient arrêter Martin. Mais elles ne lui ont même pas fait penser à faire un pas en arrière. Alors on l’accusé de chantage. Et même pour ça Lucio Gil fut maladroit. D’après Gil, Martin était passé dans son bureau pour vendre l’indignation des 166 en échange de 50 mille pesos. Or, Martin était en train de manifester dans la rue, une vidéo l’a témoigné plus tard.

Les puissants se sont trompés. Le gouverneur Mario Martin n’avait jamais imaginé que faire plaisir à ses amis milliardaires allait lui coûter si cher. Un énorme scandale se déclenche, auquel s’est ajouté l’injustice de l’emprisonnement de la journaliste Lydia Cacho, qui avait publié une enquête sur la prostitution infantile qui impliquait au « roi de mézeline », Kamel Nacif. Pour Lydia et Martin, le soutien et les paroles de centaines de personnes et organisations du monde entier. Pour le gouverneur Marin, le mépris et le discrédit total.

Ils ont perdu et ils sont enragés. On le sent, car les persécutions ne cessent pas. Dimanche dernier, Martin dénonçait encore sur la place publique, avec le Sous-Commandant Marcos, les menaces récentes. « On m’a déjà tabassé, emprisonné, qu’est-ce qui viendra maintenant ? », demande Martin qui s’avoue préoccupé, mais non effrayé. Rien. Le peuple travailleur d’Altepexi, comme nous l’avons déjà démontré, ne permettra pas que Martin soit blessé. Le Délégué Zéro le sait d’avance, quand il leur donne une recommandation qui est presque innécessaire : « Il faut prendre soin de ce compañero, parce qu’il représente beaucoup de choses ici dans la Vallée de Tehuacan, et peut être qu’il ne le sait pas, mais il représente aussi beaucoup de la lutte que nous sommes en train de soulever dans tout le pays », dit-il et profite pour marteler : « Nous n’allons pas attendre que quelque chose lui arrive pour lever nos voix et prévenir au gouvernement de l’Etat, au gouvernement fédéral et aux puissants, qu’il n’est pas seul. Que tout le mouvement national de l’Autre Campagne est avec ce compañero ».

Ils ne pourront plus ignorer l’indignation et la rage d’Altepexi. Les méthodes modernes d’exploitation du système capitaliste proches de l’esclavage et les puissants qui les imposent, ne seront plus tolérées. Les travailleurs d’Altepexi ont laissé cela bien clair : « Mario Marin, nous exigeons que tu fasses valoir l’état de droit dont tu te vantes, que tu fasses valoir la loi du travail. Tu es le petit chiot des entrepreneurs. Nous voulons que tu saches qu’Altepexi et tous les travailleurs du Mexique, on te répudie », a déclaré Alejandro Gregorio, au nom des sentiments des autres 727 camarades de la maquiladora Tarirant, propriété de Kemmel Natif – un autre exemple de mépris à la dignité ouvrière.

Si les jeans parlaient…

Après d’avoir écouté tout au long de la journée des histoires comme celle-ci, le Sous-Commandant Marcos lance une question, sur la place d’Altepexi : « Qu’est-ce qui se passerait si les marchandises que l’on achète racontaient l’histoire derrière leur production ? Parce que l’histoire d’exploitation qui nos camarades ont raconté, n’est pas écrite sur les jeans. Les journées de travail ne sont pas là, cette histoire que l’on connaît déjà, car il y a cent ans les journées de travail étaient comme ça, de 12, 14 et même 16 heures, l’humiliation de la part des chefs et des contremaîtres, l’exploitation dont ils sont victimes après ces longues journées de travail, où ils ne reçoivent qu’une infime quantité d’argent. Imaginez si chaque marchandise que nous achetions portait sur elle l’histoire de l’exploitation, de la souffrance et de l’humiliation de chaque travailleur ».

Le Sup répond ensuite à sa propre question : « Alors chaque marchandise que l’on consomme se transformerait dans un agitateur qui raconte aux gens, à tout moment, que dans ce pays ne vit pas la justice, que dans ce pays les choses ne sont pas justes ».

Mais non. Ni Levi´s, ni Tommy Hilfigger, ni Ralph Lauren , ni Wrangler, ni Calvin Klein, ni Armani, ni el JC Penney, ont vocation d’agitateurs sociaux. Ils ne vont jamais raconter les histoires qui sont derrière leurs grands empires. Mais ces histoires ont déjà un espace, une voix, et beaucoup d’oreilles : L’Autre Campagne.

« L’important est que ces histoires soient dites et parlées. Ouvrir l’oreille au camarade, connaître son histoire, apprendre à dire ce ‘nous’, savoir que nous sommes tous camarades de lutte », explique le Sup. « Alors vient le moment de faire un accord. Peut être que nous allons rentrer pour affronter la solitude de notre table, de notre maison, de notre travail, de notre campagne, de notre montagne, mais d’une autre manière, car nous savons que notre solitude commence à s’écrouler, comme s’écroulent les choses par elles-mêmes et qui ne pourront plus jamais s’élever, à partir du bas ».

Et alors arrivera un temps où la Vallée de Tehuacan redeviendra propre et lumineux de sourires. Un temps où l’exploitation et la misère n’existeront plus dans ce pays. Ce tems que nous sommes en train de construire, ici et maintenant.

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