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Narco News Issue #39

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Les zapatistes se joignent à la lutte en défense de l’eau dans le Querétaro

Marcos propose aux adhérents de l’Autre Campagne de former des brigades pour surveiller le campement de El Batán afin d’empêcher la perforation de puits industriels


Par Bertha Rodríguez Santos
L’Autre Journalisme avec l’Autre Campagne dans le Querétaro

12 mars 2006

El Batán, Amealco, Querétaro Mexique.- Les habitants de 63 communes de la région d’Amealco et San Juan del Rio, ainsi que celles des régions Pedro Escobedo y Jumilpan, qui depuis un an gardent un campement pour défendre la nappe phréatique la plus importante de la zone – dans laquelle le gouvernement de l’état veut forer 14 puits pour approvisionner en eau les parcs industriels de la capitale – ont reçu le soutien du Sous-Commandant Marcos, afin d’empêcher que se réalisent les projets d’extraction de l’eau au bénéfice de puissantes compagnies, surtout des transnationales, et au préjudice des paysans de la région.

Le vent vient soulever beaucoup de poussière dans ces plaines. A el Batán, dans la municipalité d’Amealco, flotte le drapeau mexicain devant l’un des campements qu’ont installés depuis l’année dernière des hommes, des femmes, des anciens, pour empêcher que le personnel de la Commission de l’Eau (CEA, en espagnol) continue la perforation des puits. Flottent aussi des drapeaux rouges et noirs, symboles d’une révolte contre ce que les paysans considèrent un pillage des ressources naturelles.

Les gens du campement indiquent que la machinerie pour la perforation des puits avait commencé à arriver à El Batán, sans informer les habitants, dès le début de la gestion du gouverneur Ignacio Loyola Vera.


Martha, présidente de l’association des habitants en défense de l’Eau.
Photo: D.R. 2006 Bertha Rodríguez Santos
Martha, présidente de l’association des habitants en défense de l’Eau, informe que, face aux questionnements des habitants sur la présence du CEA dans la région, ils ont réalisé une assemblée générale le 25 Août 2004.

Francisco Loa Carvajal, qui était alors le commissaire du ejido (NDT: zones rurales à usage collectif), a signalé la nécessité de signer un accord avec le gouvernement, pour l’engager à réaliser des œuvres d’utilité publique en échange de la perforation des trois puits d’eau. La plupart des habitants ont donné leur accord.

Pendant la visite du Délégué Zéro de la Sixième Commission du EZLN au campement d’El Batan, le 9 Mars dernier, les paysans ont expliqué:

« Le 10 Novembre, neuf machines perforeuses sont arrivées ; les perforations ont commencé sur-le-champ, sans que le commissariat nous informe. Le 25 Novembre eût lieu l’assemblée communale et le commissariat a dit qu’il ne ferait pas de réunion parce que c’était seulement pour les gens du ejido ».


Photo: D.R. 2006 Bertha Rodríguez Santos
Le commissaire avait déjà un accord signé par la plupart des habitants. Or, les paysans arguent qu’il a réussi à ce faire en falsifiant des signatures, donnant 20mille pesos à celui qui signe et utilisant même les signatures des défunts. De plus, ils ont dénoncé la coutume du commissaire qui consiste à demander des photocopies des cartes électorales et des certificats de naissance, sous prétexte de faire des démarches administratives et trouver du soutien. Or, finalement il demandait de l’argent pour le prétendu soutien, comme lors de la vente de poteaux et rouleaux de fil de fer qu’il avait réparti parmi les ejidatarios, en échange de mille pesos.

Les gens ont manifesté son mécontentement, mais les travaux de perforation des trois puits ont tout de même commencé sans leur consentement ; et avec la présence de la police pour protéger les opérateurs des machines. Les gens de la région dissent qu’il y avait jusqu’à 30 patrouilles rien que pour cela.

La colère des paysans a augmenté, et le 8 Février 2005, Loa Carvajal fût destitué de son poste [de commissaire], avec Isaías Eugenio Durán Gachuzo comme remplaçant. Or, il « a remis en marche à nouveau les puits, parce qu’il a dit qu’il est avec le gouvernement et non avec le peuple. L’ex-commissaire et le nouveau ont commencé à se réunir pour faire le travail ensemble », a dénoncé une dirigeante qui fût par la suite emprisonnée à cause de son opposition à la perforation des puits.

D’après cette version: « Les [représentants] de la Commission Etatique de l’Eau (CEA en espagnol) ont voté à faveur de l’usage des trois puits, deux pour Querétaro, et un pour la communauté. Mais, ceux de Querétaro ont été perforés jusqu’à 520 mètres, et ceux de la communauté seulement à 270 mètres. Les ejidatarios et membres des la communauté ne sommes pas d’accord avec cet accord d’échange d’eau pour œuvres publiques », a-t-il averti.

Martha signale de nombreuses irrégularités, hormis la répression des forces de l’ordre. « Le 17 Juin, à 8h30 du matin, des patrouilles et des camions ont commencé à arriver. Le commissaire Francisco Loa Carvajal avait dit qu’il allait nous envoyer le gouvernement pour nous enfermer. Nous lui avons répété que nous ne voulions pas échanger l’eau pour des travaux publics, alors il est allé appeler la police. Moi, j’ai passé 24 heures enfermée, et d’autres jeunes ont été battus ».


Photo: D.R. 2006 Bertha Rodríguez Santos
Elle ajoute que vers midi du même jour, quelque 200 policiers sont entrés dans la communauté, afin d’intimides les habitants des 63 communautés opposées à la perforation des puits parce qu’ils craignent que l’eau ne s’épuise dans dix ans.

Une jeune mère de famille raconte, encore indignée: « ils nous ont attaqués, ma sœur a été battue, et même comme ça, elle a un procès. Ils nous ont envoyé des chiens de chasse ».

Martha raconte aussi:

« Le 18 Juin, ils nous ont arrêté pour ne pas les laisser travailler. Les détenus étaient: María Guadalupe Noriega, Gilberto Jiménez y Rolando Jiménez. Ils ont été battus en prison, et on leur a fait payer des cautions de 9 mille (933€), 500 (52€) et 1600 (160€) pesos, respectivement ».

Puis, le nouveau commissariat a engagé un procès contre Enrique León García, Rogelio Nieto, Rogelio Tovar, Agustín Marínez, Lupe Soto, Onofre Colín, Nicolás Soto, Arturo Soto, Vicente Soto, Pedro Noriega, Cecilia Colín, Cindy Loa, Guadalupe Loa, Celia Martínez, Serafín et Guillermo Maldonado, Elena Hernández, Cirilo Jiménez, Rolando et Gilberto Jiménez, Janet Velázquez et María Guadalupe Noriega.

Les habitants, indignés, nous ont signalé qu’alors que la colère contre la perforation des puits augmentait, le gouvernement a hâté la construction d’une route et d’une église, cette dernière construite juste à côté d’une autre église préexistante, « comme si nous étions très catholiques ».

« Ce qu’ils voulaient c’était prendre le contrôle de l’eau pour l’amener aux entrepreneurs de Querétaro, car le gouverneur Francisco Garrido Patrón, s’y était engagé lors de sa campagne électorale… cette eau ira à la zone industrielle, pour les entrepreneurs », dissent les paysans.

Il convient de souligner que, vers la fin des années 1960, un important complexe industriel a commencé à se développer dans la capitale du Querétaro. En quarante ans, cinq parcs industriels ont vu le jour: Bernardo Quintana, El Tepeyac, Querétaro, Benito Juárez et El Marquéz. Là, on y distingue des corporations multinationales telles que Coca-Cola, Daewoo, John Deer, Kimberly Klark, Arbill, parmi beaucoup d’autres.

En ce qui concerne l’opposition des paysans au prétendu accord entre les autorités de El Batán avec le gouvernement, les ejidatarios d’autres communautés pensent que celui-ci n’a pas de raison pour être respecté, compte tenu que « l’aquifère dépasse El Batán, et comprend aussi la région de El Rincón et de Quiotillos, ainsi qu’une partie de Puerta de Alegrías. Les autorités d’El Batán ne peuvent pas négocier avec un aquifère qui appartient à toute une région ».

D’autres alertent sur le danger de surexploitation de l’aquifère et signalent l’exemple de la Lacune Servín, où, en plus d’avoir déjà épuisé huit sources d’eau, les habitants ont subi le saccage illégal de la forêt.

Un paysan dénonce cette situation, qui se prolonge depuis 1993 dans les ejidos et communautés de San Juan del Río, Laguna Servín et San Pablo, où l’abattage d’arbres se réalise « avec le consentement de Semarnat (Secrétaire d’Environnement et Ressources Naturelles) et Profepa (Procureur Fédéral de Protection de l’Environnement) ». Cette situation « a empiré depuis le début de la gestion de Vicente Fox ». D’après un témoignage, il y a plus de mille hectares de forêt abattue dans illégalité.

Ce saccage a été promu par l’ex gouverneur Ignacio Loyola, qui a manifesté à plusieurs reprises sa position selon laquelle ‘on doit profiter des forets’. De même, ce saccage a été promu par Des politiques du PRD, comme Martín Mendoza Villa et Juan Tovar, conseiller municipal d’Amealco.

Ils ont accusé Kimberly Klark, multinationale du papier, dont est actionniste l’ex gouverneur et actuel titulaire de Profepa Ignacio Loyola Vera.

Les habitants de la région l’accusent de profiter de ces postes dans la fonction publique, au lieu de soutenir les pauvres il facilite le dépouillement des ressources naturelles, y compris l’eau, au bénéfice des riches entrepreneurs.

Une paysanne âgée dit: « je suis prête à tout pour défendre l’eau. Pourquoi le gouverneur va-t-il nous prendre l’eau? Il ne se soucie pas de tuer qui que ce soit, mais il n’a pas à prendre possession de l’eau… S’il veut vendre quelque chose qu’il vende sa maison, ou s’il à des droits sur sa femme, et ben qu’il la vende, mais je crois qu’il n’est même pas propriétaire de sa vie, car la vie on la doit toujours à Dieu. Je suis pas d’accord avec les menaces qu’on reçoit ».

Une autre femme au foyer a signalé que le commissariat n’avait pas pris en compte les femmes mais seulement quelques hommes ejidatarios qui se sont laissés acheter. Elle a demandé si les hommes n’avaient pas besoin d’eau.

« Nous les femmes, nous avons besoins de l’eau. Nous sommes déjà grandes, fatiguées. J’ai 71 ans de vivre ici et jamais l’on avait fait face à des problèmes comme aujourd’hui. Ça me fait mal que l’eau s’en aille parce que c’est la seule chose que nous avons », a-t-elle dit, en larmes.

Les paysans lésés par les manoeuvres des partis politiques ont averti qu’ils n’allaient pas participer aux élections puisque « le gouvernement nous ignorent complètement ». On se dit prêt à participer à la lutte pour la défense de l’eau. « Ce qui nous intéresse, c’est l’eau, pas l’argent parce qu’on ne peut pas le boire ».

L’expérience relatée par les paysans a enflammé le délégué Zéro qui a dit voir dans cette lutte un exemple de ce qui se passe dans tout le pays: le pillage des ressources qui appartiennent aux populations, avec le gouvernement qui tient le rôle d’intermédiaire au bénéfice des entreprises.

« Le système prend aux pauvres pour donner aux riches… le progrès des riches fait notre misère », affirme le représentant zapatiste.

Ainsi, le Sous-Commandant a exhorté le public à ne pas abandonner la lutte: « Si l’eau s’en va d’ici, d’autres choses vont s’en aller: les arbres, le climat. Tout ce qu’on a pu récolter jusqu’à présent on ne pourra pas le garder. Il ne s’agit pas de combien ça coûte, mais s’ils prennent l’eau, c’est comme s’ils disaient: “Je te prends le coeur et je te donne 20 mille pesos”; combien vaut le coeur? Deux millions, vingt millions? Sans eau, el Batán va mourir, les arbres, les animaux, les récoltes, le ciel vont mourir. Si on enlève l’eau ce n’est pas comme si on enlevait quelques poires, quelques arbres, c’est enlever le coeur de cette terre. »

Il dit qu’il demandera aux adhérents de l’Autre Campagne à Querétaro, y compris les étudiants de l’Université Autonome de Querétaro (UAQ), d’organiser des brigades de soutien aux campements, puisque « ici est la lutte ». Il a rappelé qu’il existe des brigades de soutien au Chiapas. Ce soutien inclut l’accompagnement des adhérents dans les campements et une coopération économique afin que le mouvement se poursuive, puisqu’à son avis, si les entreprises parviennent à enlever l’eau de el Batán, comme un morceau de la patrie, elle va mourir, et on ne doit pas permettre cela.

Le malaise qu’on ressent dans cet état est profond. L’indignation et le courage face à une telle répression ont rompu le silence et s’expriment par la bouche des indiens, des paysans, des intellectuels, des jeunes et des ouvriers.

A simple vue, tout est « normal ». Les ouvriers, majoritairement migrants d’autres régions du pays, et un grand nombre de femmes, assistent tous les jours aux usines où ils sont exposés aux pires conditions de travail et à des bas salaires. Les indigènes et paysans semblent se conformer à leur sort, à la perte de leurs terres et au mépris des puissants. Or, une force à l’air de surgir des profondeurs et qui vient des temps anciens, exclame qu’il est essentiel de profiter cette opportunité de reconstruire un pays différent.

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