<i>"The Name of Our Country is América" - Simon Bolivar</i> The Narco News Bulletin<br><small>Reporting on the War on Drugs and Democracy from Latin America
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Narco News Issue #42

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Oaxaca contre-attaque

“La rébellion de Oaxaca est la preuve que pour beaucoup de gens même l'auto-préservation physique est secondaire quand il s'agit de se battre pour une conviction”


Par Laura Carlsen
IRC (International Relations Centers)

9 novembre 2006

Selon le folklore régional, les oaxaqueniens ont la réputation d’être comme les tlacuaches. Animal récurrent de la mythologie mexicaine, le tlacuache fait le mort quand il est acculé. Mais pauvre de l’ennemi qui croit que la bataille est finie. Ce petit animal très féroce attend simplement le moment propice pour contre-attaquer.

Le mouvement de protestation de Oaxaca brûle lentement mais intensément. Les enseignants de Oaxaca, qui se sont mobilisés pour une augmentation de salaire en mai dernier, ont construit consciencieusement durant des années un mouvement de contestation contre l’inégalité sociale qui règne dans leur état. Le 14 juin, le gouvernement de l’état piqua au vif les tlacuaches de Oaxaca lorsqu’il tenta d’expulser de la place centrale de Oaxaca la manifestation des enseignants. Les Oaxaquéniens ripostèrent en formant l’Assemblée Populaire des Peuples de Oaxaca (APPO) à partir une large base. Le 28 octobre, le gouvernement fédéral affronta le mouvement qui s’amplifiait en envoyant des milliers de policiers fédéraux occuper la ville. Les meurtres, les blessés et les disparus parmi les manifestants n’ont fait que renforcer la détermination du mouvement dans son ensemble.

Bien que le décor était planté pour un affrontement, le mouvement continua d’insister sur la non-violence. Ils s’allongèrent en face des tanks et distribuèrent des fleurs aux forces anti-émeutes. Le 2 novembre, une bataille cruciale eut lieu quand la police essaya de reprendre l’université. Dans l’enceinte de l’université, la station de radio qui a été le nerf de l’organisation de la contestation ces cinq derniers mois fut en état de siège toute la journée. Radio APPO n’a pas cessé de diffuser et les gens n’ont pas arrêté de la défendre malgré l’inégalité flagrante de la masse de leurs opposants.

« Le gaz lacrymogène brûlent nos yeux mais au moins maintenant nous pouvons voir le gouvernement tel qu’il est », commenta une jeune femme sur les ondes d’une voix pressante et déterminée. « Nous tiendrons ».

Les gens du monde entier l’ont entendue. Radio APPO se propageait à travers les ordinateurs des auditeurs qui suivaient la bataille pour la défense de l’université, en récits coup par coup. Ils activèrent immédiatement leurs réseaux pour mettre en place leurs propres contestations. En quelques jours, des manifestants se rassemblaient devant les consulats et les ambassades du Mexique aux Etats-Unis et en Europe, réclamant l’arrêt de la répression policière contre le mouvement. Des gens dont les noms sont connus à travers le monde écrivaient et publiaient des lettres et des gens dont les noms ne sont imprimés que dans les annuaires signaient des pétitions. Dans une petite ville en Italie, des centaines de jeunes se rassemblaient pour discuter une coopération nord-sud et déclarer leur solidarité avec Oaxaca et à New York plusieurs manifestants étaient arrêtés devant le consulat mexicain. L’Autre Campagne Zapatiste mobilisait un blocage de route binational à la frontière US-mexicaine. La liste des actions à travers le monde n’en finit pas.

Les deux chambres du congrès mexicain (sénat et chambre des députés) et le Ministère de l’intérieur qui sont en charge de la politique intérieure, ont réclamé la démission du gouverneur Ulises Ruiz. En dépit de l’effondrement de l’autorité dans l’état, il a refusé, disant que c’était de son devoir de s’accrocher à sa tâche. Le 5 novembre, le mouvement mobilisa des dizaines de milliers de personnes pour une marche à travers Oaxaca. Le 6 novembre, quelques heures avant l’aube, des bombes explosèrent dans les bureaux du tribunal électoral, du Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI) et dans une banque internationale. Il n’y eut personne de tué ni de blessé mais la tension monta de plusieurs crans. Plusieurs groupes de guérilla revendiquèrent la responsabilité de ces actes pour exiger la démission du gouverneur, la liberté des prisonniers politiques détenus suite à la répression policière de la ville d’Atenco et l’enquête sur les accusations de fraude électorale.

L’APPO condamna immédiatement les bombardements et répéta qu’elle n’a aucune relation avec les groupes de guérilla. Les négociations pour un arrangement pacifique ont continué à sa demande. Dans l’atmosphère politique trouble qui suit les élections présidentielles du 2 juillet, le conflit de Oaxaca a maintenant catalysé une série d’événements qui menacent la stabilité du Mexique.

Pourquoi Oaxaca ?

Les montagnes de Oaxaca sont devenues le refuge des civilisations précolombiennes jamais totalement conquises. L’histoire de la résistance et de la persévérance qui s’y est développée a permis la survivance de cultures réfractaires à la mentalité coloniale et rejetant tacitement ou explicitement l’imposition généralisée des systèmes politiques coloniaux. En même temps, pour subjuguer les rebelles, les formes de répression les plus brutales de la nation furent utilisées. Presque rien n’a changé dans le fond aujourd’hui. Le gouverneur dont la démission est devenue la principale demande de l’insurrection actuelle de Oaxaca, a hérité de cette tradition séculaire de répression.

Oaxaca est un pays avec plusieurs peuples. L’état comprend 16 langues à l’intérieur de ses frontières et un grand nombre de municipalités (570), en grande partie due à la volonté de préserver et renforcer le gouvernement autonome local. Même dans la ville de Oaxaca où les combats entre la police et les manifestants ont transformé le paysage urbain, la diversité exclue toute caractérisation facile. Les Mixtecos côtoient les Martiens (nom local donné à la grande population d’étrangers de la ville, écrivains, retraités et travailleurs d’ONG), les touristes les mendiants, les riches les pauvres.

La diversité qui, dans un autre contexte, pourrait diviser un mouvement social, est devenue la richesse et la force collective de la plus importante rébellion du Mexique de ces dernières années au nom de la justice sociale. Les enseignants de Oaxaca ont tracé pendant 26 ans d’expérience ce mouvement démocratique des enseignants. La Section 22, groupe d’enseignants de Oaxaca organisés dans le syndicat National des Travailleurs de l’Education, (SNTE) a toujours été un bastion de la faction démocratique du syndicat. Ses dirigeants sont élus depuis des années dans cette faction dissidente et sont également devenus des leaders des mouvements sociaux de Oaxaca au delà du syndicat.

La rébellion de Oaxaca a aussi ses racines dans les combats des communautés indigènes pour leur autonomie et, depuis 1970, pour la restauration des formes communautaires des gouvernements autonomes, du travail collectif et de leur identité. Ajouté à tout cela, il y a la colère de la nouvelle génération des lycéens et des étudiants des universités qui en ont assez de se faire expédier sans ménagement par les gouvernements appauvris avec les restructurations et la corruption. Et dernier ingrédient à la recette pour une rébellion, le soulèvement des citoyens exacerbés par l’injustice rencontrée dans la vie de tous les jours contre l’ élection contestée du gouverneur qui semblait condamner leur société à toujours la même chose ou à pire.

A la pointe

La signification du mouvement de Oaxaca pour le Mexique est évidente. C’est le premier défi lancé à un gouvernement fédéral peu légitime ou peu crédible, élu au milieu d’accusations de fraude en juillet dernier. Bien que Felipe Calderon prenne ses fonctions le 1er décembre, les règlements de la politique mexicaine prescrivent que toutes les décisions importantes et notamment très visibles, décisions comme la répression du mouvement de Oaxaca, doivent être au moins approuvées par lui. La décision prise par le gouvernement d’envoyer la police fédérale est fondée en partie sur le désir de ne pas passer le problème à un président faible qui manque de capacité politique pour le résoudre.

Les frustrations qui ont conduit à la formation de l’Assemblée Populaire des Peuples de Oaxaca (APPO) existent à travers tout le pays. Des élections qui ne reflètent pas la volonté populaire, des inégalités qui divisent les communautés, la brutalité et la corruption qui fleurissent dans l’impunité – aucune région n’est immunisée contre cette sorte de mécontentement social qui a donné naissance au mouvement de Oaxaca. De nombreux mexicains célèbrent ouvertement chaque victoire des oaxquéniens et chaque jour qu’ils maintiennent la résistance. Sachant cela, le gouvernement cherche à réprimer le mouvement sans concession politique pour ne pas fournir un dangereux précédant politique dans un système qui compte sur la complaisance des démunis au niveau politique et économique.

Mais pourquoi d’autres gens s’y intéresse? Est-ce que Oaxaca a un sens au-delà du conte stimulant pour ceux qui aspirent à un monde plus juste ?

Si le mouvement pour la justice globale était une bataille de territoire, Oaxaca serait un petit point de peu d’importance sur une grande carte, sauf pour les personnes impliquées. Mais les batailles symboliques, bien que très réelles pour les combattants eux-mêmes, sont le vrai terrain du mouvement pour la justice globale. Elles offrent une occasion, même si elles sont perdues, de vaincre les mythes qui soutiennent le système.

Oaxaca est le sud du sud. C’est la vérité face au mensonge que le Mexique a rejoint le premier monde en suivant les pas des Etats-Unis avec l’Accord de libre-échange nord-américain. L’échec de cette stratégie d’intégration dans l’état de Oaxaca et d’autres états du sud du Mexique était si évident que même un récent rapport de la Banque Mondiale se sentit obligé de mentionner le problème. Sa conclusion « les états du sud n’ont pas bénéficié du ALENA parce qu’ils n’étaient pas préparés à récolter les bénéfices du libre-échange » – était dépassée et ne surprit aucun de ceux qui ont étudié la logique de la Banque consistant à blâmer les victimes. S’ils étaient forcés à faire une évaluation de la globalisation en général, les défenseurs du néolibéralisme n’hésiteraient pas à punir globalement tout le sud pour ce supposé échec. Nul besoin de dire que ce n’est pas une consolation pour l’affamé, le déplacé, le marginalisé, l’exclu.

La rébellion de Oaxaca est la preuve pour beaucoup de gens que même la conservation physique peut devenir secondaire quand il s’agit de défendre ses convictions. Avec seulement la matière première de leur propre vie dans les mains, ils ont entrepris de façonner un futur différent. Bien que les revendications aujourd’hui se centrent sur la démission du gouverneur et d’un salaire juste pour les enseignants, les nouvelles formes d’organisation et de conscience créées perdureront longtemps après ce mouvement et deviendront les germes des mouvements à venir.

Elles seront aussi les germes des rébellions populaires ailleurs. La rébellion de Oaxaca est un rappel qu’une évaluation des conséquences du libre-échange et de la globalisation est vraiment dépassée – et que la Banque Mondiale n’a pas le droit d’être l’évaluateur. Les gens qui ont souffert les conséquences devraient évaluer le système. Trop souvent au nord, on voit les rapports des contestations et des rébellions autour du monde comme des batailles disparates ou des plaintes isolées et non comme partie d’un consensus grandissant qu’il y a quelque chose qui ne va vraiment pas. Ceux qui ont bénéficié des règles du libre échange, notamment ceux qui vivent dans les pays à l’origine de ces règlements, ont la responsabilité d’entendre ce message.

Ce qui aurait pu rester un conflit local a déclenché un affrontement national et a contribué à la recrudescence de factions violentes. Le manque de volonté politique du gouvernement a bloqué de réelles négociations. Il n’a pas su répondre aux revendications légitimes de Oaxaca en entamant des dialogues sur les réformes nécessaires pour assurer la paix et la stabilité du Mexique. Au contraire le pays est maintenant dangereusement proche du contraire.

Laura Carlsen est directrice du programme Américain IRC à Mexico où elle a travaillé comme écrivain et analyste politique ces vingt dernières années. L’adresse email du Americas Program est : http//america.irc-online.org.

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