<i>"The Name of Our Country is América" - Simon Bolivar</i> The Narco News Bulletin<br><small>Reporting on the War on Drugs and Democracy from Latin America
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Narco News Issue #42

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96ème anniversaire de la Révolution Mexicaine, Oaxaca

Le mouvement a pris une ampleur qui désoriente les observateurs ; « la Police Fédérale pourrait subir une défaite militaire »


Par Nancy Davies
Commentaires depuis Oaxaca

25 novembre 2006

Le journal Noticias du 19 novembre titrait en une : « La gouvernabilité nationale sera définie à Oaxaca ». Le quotidien citait le journaliste Jenaro Villamil qui pense que Oaxaca est l’élément-clé de ce qui est train d’arriver à la nation. Ils auraient pu me le demander, je le savais.

Oaxaca est occupée par la Police Fédérale Préventive (PFP), déployée dans toute la ville tandis que des troupes militaires sont déployées dans tout l’état. Le 18 novembre, une femme a été agressée sexuellement par des agents de la PFP, une affirmation confirmée par des organisations civiles de défense des droits humains. Dimanche 19 novembre, plus de 200 personnes entouraient le zocalo (place centrale) où la PFP était retranchée. Les manifestants se sont arrêtés à chaque entrée du zocalo, ont peint des slogans sur les trottoirs et ont joué une pièce de théâtre de rue dans laquelle les acteurs ont tenté de donner aux agents de la PFP un aperçu de ce que c’est que d’avoir un membre de sa famille agressé sexuellement. Les photographes se sont rassemblés et les agents de la PFP se tenaient au coude à coude tandis qu’un petit groupe de manifestants les attrapaient leur montrant des miroirs afin qu’ils puissent se voir tel qu’ils sont vraiment.

Ce qui m’a paru le plus intéressant, c’est de voir le peu de personnes qu’il suffit pour provoquer la PFP qui utilise un liquide chimique irritant et des gaz au poivre pour écarter les manifestants. Avec leurs casques et leurs boucliers, appuyés par des camions blindés, la PFP a tenu à distance les manifestants désarmés, appuyés, eux, par une ambulance. Les hauts-parleurs de cette dernière répétaient à intervalle régulier : « Pas de provocation ! ».

Depuis le dimanche 29 octobre, quand la PFP a bloqué l’autoroute 190 dans l’Isthme, dans la ville de Zaachila et sur le pont de Guelatao, et qu’elle est entrée dans la ville pour « rétablir l’ordre », l’Assemblée Populaire des Peuples de Oaxaca (APPO) a surpris tout le monde par sa volonté d’affronter les troupes et, quelquefois, elle les a obligées à se replier, comme durant cette bataille de six heures lorsque le bâtiment de Radio Universidad était menacé.

Cela fait cinq mois que le mouvement demande, sans succès, la démission d’Ulises Ruiz Ortis (URO) et il a pris une ampleur qui désoriente les observateurs. Ce n’est pas une Commune de Paris ni un parti politique de gauche. Il dément avoir des leaders, rabaisser l’influence du Parti de la Révolution Démocratique (PRD) et n’est pas engagé dans une guerre des classes évidente. Il est informel et pourtant incroyablement bien organisé. Il défend ses rues et, après avoir pris et perdu une station de télé et dix stations de radio, il défend Radio Universidad. Il possède une auto-défense par le peuple bien définie qui n’appartient ni au syndicat des enseignants ni à l’APPO, mais qui, dans une certaine indépendance, maintient sa position sur les principales intersections, telle Cinco Señores. En ce moment, le mouvement planifie une transition démocratique pour l’état. Pour y parvenir, l’APPO a adopté les formes traditionnelles et historiques de l’organisation populaire.

Les pétards servant pour les mariages et les fiestas sont désormais utilisés comme signaux d’alarme. De plus, ce mouvement sans armes a créé des mini-bazookas et des cocktails Molotov, que les enfants savent maintenant fabriquer, alignant des bouteilles dans les rues. Pour les batailles à coup de pierres, ils dépavent les trottoirs et transportent les « munitions » dans des caddies de supermarché de l’arrière vers le front. Si besoin est, des explosifs sont fabriqués à l’aide de poudre, d’acide chlorhydrique, de couteaux, de clous et de punaises, enveloppés dans du papier alu et fermés par du scotch. Mais c’est un mouvement non-violent.

L’APPO a rejeté l’utilisation de ces armes ainsi que les attaques comme les provocations. Comme le dit le très visible Flavio Sosa : « Nous essayons de ne pas agir comme des militaires, comme si nous étions un mouvement armé. Nous ne le sommes pas. » La lutte est légale selon la constitution et le droit d’assemblée. Elle est publique et ouverte à tous.

Le congrès constitutif de l’APPO s’est réuni les 10, 11 et 12 novembre pour définir les règles, les principes, les programmes et les objectifs de l’organisation. Elle a élu son premier Conseil d’Etat (CEAPPO) qui adoptera les actions futures. « En dépit du climat de répression qui fleurit autour du mouvement des peuples de Oaxaca, il est nécessaire de ne pas s’arrêter mais d’aller de l’avant vers l’accomplissement de nos objectifs et vers une solution aux revendications du peuple de Oaxaca, » affirmait la convocation.

Le congrès a analysé la situation de l’état, aussi bien au niveau national qu’international. Il a discuté des attributs d’un nouveau gouvernement, de nouveaux porte-parole et d’une nouvelle constitution.

Dans ce moment de répression extrême et de violation des droits humains, beaucoup pense que l’APPO est à l’agonie, que le mouvement est fatigué et amoindri. Mais ceci oublie la réunion des seize assemblées à Mexico à la Convention Nationale des « APPO ». Le mouvement national, comme le mouvement local, est « vaste, pluraliste et démocratique ». Son but avoué est de combattre le néolibéralisme et la droite ultra. Les premiers membres sont l’APPO de Mexico, le Syndicat des Travailleurs Indépendants de l’Université Autonome (SITUAM), le Comité pour la Défense des Droits du Peuple (CODEP), le Front Populaire Révolutionnaire, le mouvement « Aqui Estamos » (« nous voici ») plus une cinquantaine d’autres organisations. Elles se sont déclarées en « lutte ouverte contre la droite ultra qui dirige le pays et pour la création d’un espace pour l’unité qui revitalise la perspective de mobilisations sociales et politiques ».

La colère accumulée pendant des décennies de gouvernement du PRI (Parti de Révolution Institutionnelle) a émergé à travers un mouvement sans chefs qui englobe des organisations civiles, des organisations de défense des droits humains, des peuples indigènes, des autorités municipales (au moins vingt villes du Oaxaca sont en train de changer leurs gouvernements locaux ; j’en ai compté près de quarante dont les discussions internes ont été relatées dans les journaux.), des paysans, des organisations agricoles, des étudiants et des religieux. URO a unifié involontairement les peuples de Oaxaca, provoquant un soulèvement national.

Aujourd’hui, alors que je regardais les manifestants revenir de l’affrontement au zocalo après l’agression d’une femme deux jours auparavant, je me suis arrêtée au coin de la rue et me suis appuyée contre un mur. Une passante bien habillée, ni jeune ni pauvre, m’a demandé ce qui se passait. Elle m’a dit que bien que sa famille était pour URO, elle ne le soutenait pas. Elle est pour la justice.

Cette nouvelle collectivité, ce groupe informel, est soutenue par trois aspects culturels : l’assemblea (assemblée) dans laquelle le peuple a le pouvoir et les « leaders » sont en fait des administrateurs qui mettent en œuvre les décisions de la communauté, la guelaguetza, un mot zapotèque qui signifie aide mutuelle et qui est le symbole de la solidarité, enfin, le tequio, le travail communautaire non salarié. L’assemblea a commencé à se déterminer par le biais de ces pratiques ancestrales des populations indigènes de l’état de Oaxaca, état au sein duquel au moins 418 municipalités continuent à gouverner selon le système des usos y costumbres (us et coutumes). Un des aspects les plus importants des usos y costumbres, écrit dans les règles du CEAPPO, est que les dirigeants qui ne suivent pas la volonté du peuple sont écartés. C’est ce qui semble avoir été le cas avec la disparition d’Enrique Rueda Pacheco de l’assemblée et beaucoup s’attendent à ce que Flavio Sosa de l’APPO disparaisse également.

Bien que la section 22 du Syndicat National des Travailleurs de l’Education (SNTE), qui était à l’origine la colonne vertébrale du mouvement, ait été obligée de retourner travailler pour des raisons financières – cependant peut-être 30% ne sont pas encore retournés en classe – elle a de puissants liens communautaires. Certains enseignants sont maires ou leaders dans leur quartier ou dans d’autres organisations. Aux besoins des travailleurs et adhérents de l’APPO répond la guelaguetza, via des espèces de points-nourritures dans les rues et sur les barricades, organisés par qui veut bien le faire. Le Musée des Arts Graphiques dans le quartier Santo Domingo est devenu un entrepôt qui stocke nourriture, eau et autres provisions. Radio Universidad, quant à elle, fait office de centre médical.

C’est ce tissu qui tient et unit le mouvement. Il est social, et non pas politique, fondé sur le sens de la justice et de l’injustice et sur le besoin de dignité. Voici les rebelles contre qui les forces fédérales envoyées par Vicente Fox « rétablissent l’ordre ».

A l’intérieur de l’APPO, l’expérience d’organisations radicales, comme le Front Populaire Révolutionnaire (FPR), le Comité pour la Défense de Droits du Peuple (CODEP) et le Mouvement National contre le Néolibéralisme, se sont assemblées avec d’autres organisations, telles que la Ligue Mexicaine pour les Droits Humains (LIMEDH) et la Nouvelle Gauche de Oaxaca (NIOAX). Des étudiants, des enseignants, des travailleurs et des femmes au foyer les soutiennent. Lorsque des batailles ont été engagées, les gens sont descendus de leurs quartiers. Certains sont morts, blessés ou en prison, mais ils ont montré une grande détermination pour défendre ce qu’ils considèrent leur droit à reprendre le mouvement. Quand les gaz lacrymogènes ont été lancés, les gens sont accourus à l’aide des blessés avec de l’eau, du vinaigre ou d’autres remèdes maison.

« Les militaires ont été battus. Ils se sont enfuis. Fox met en jeu la valeur de l’institution qu’est la PFP car si Ulises Ruiz monte une provocation, ça peut finir en tragédie, » a expliqué Flavio Sosa.

« Les gens ne vont pas se tenir tranquille et la PFP peut subir une défaite militaire. Ils sont 4000 et le mouvement peut mobiliser 800 000 personnes dans l’état. Par conséquent, il serait « incroyable » d’en venir à une confrontation totale parce que le gouvernement fédéral ne peut pas trouver la volonté politique de répondre à la revendication de démission d’URO. »

La bataille contre l’inégalité, la pauvreté, la marginalisation et le manque de service est aujourd’hui évidente pour tout le monde et la prise de conscience s’est répandue de Oaxaca vers les autres états.

Le Conseil d’Etat de l’Assemblée Populaire des Peuples de Oaxaca (CEAPPO) a annoncé les actions de la semaine. Elles comprennent la prise du palacio municipal, le bâtiment gouvernemental converti par URO en musée. Le palacio étant situé au sud du zocalo, la tactique se devra d’être très originale.

Le Forum d’Etat des Peuples Indigènes aura lieu les 28 et 29 novembre et le mouvement national « massif » planifié le 1er décembre contre le nouveau président Felipe Calderon sera suivi d’une marche d’un million de personnes pour réaffirmer la demande du départ d’URO.

Vendredi, dans un discours fait à un millier de leaders religieux au septième séminaire des dirigeants religieux, URO a déclaré que seul Dieu peut placer ou déplacer les gouverneurs. Alors, sommes-nous tous devenus fous ? Wilfredo Mayran, le représentant officiel de l’église qui avait d’abord déclaré que les dirigeants de l’APPO auraient leur sanctuaire à l’église, avant d’être désavoué par l’archevêque de Oaxaca, a répondu à cette intéressante affirmation d’URO : « Nous vivons en ce moment dans l’idolâtrie du pouvoir. »

Pendant ce temps, dans le reste de l’état, les chantiers publics sont abandonnés, les écoles sont réouvertes par des parents du PRI non-qualifiés ou par le groupe appelé Comité Central pour la Lutte (CCL), groupe qui s’est désolidarisé du mouvement, étant en fait la faction PRI de la section 22. Le gouverneur se cache et, soit les fonctions gouvernementales ne sont pas assurées, soit les législateurs se réunissent dans des hôtels tandis que plusieurs villes se battent pour le contrôle des pouvoirs municipaux et que le maire de Oaxaca a disparu.

Aujourd’hui, 20 novembre, c’est l’anniversaire de la Révolution.

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