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Narco News Issue #44

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Un « narco-banquier » accusé d’héberger la rencontre Bush-Calderón au Yucatán

Un nouveau sommet présidentiel Etats-Unis/Mexique à l’hacienda de Temozon Sur de Roberto Hernández Ramírez de Banamex/Citigroup


Par Al Giordano
Spécial pour Narco News Bulletin

11 mars 2007

Il y a huit ans, un sommet « anti-drogue » a eu lieu entre le Président des Etats-Unis Bill Clinton et son homologue mexicain Ernesto Zedillo au Mexique, dans la péninsule du Yucatán. La réunion de février 1999 s’est tenue dans une hacienda située dans la ville de Temozon Sur, près du kilomètre 148 de l’autoroute Mérida-Campeche, une propriété cossue appartenant à Roberto Hernández Ramírez alors propriétaire de Banamex, la Banque nationale du Mexique.

Hernández a été accusé – publiquement et par une plainte en justice – par le quotidien Por Esto ! du trafic de plusieurs tonnes de cocaïne colombienne via ses propriétés côtières caraïbes dans la péninsule depuis 1997. Le journal a publié des photos de la drogue, des bateaux contrebandiers, des ordures colombiennes éparpillées sur les côtes, l’aérodrome et les petits avions qui – des témoins l’ont confirmé – emmenaient la cocaïne au Nord, vers les Etats-Unis ; ceci est confirmé par des sources aussi diverses que des pêcheurs locaux ou des officiels de haut rang des Forces armées mexicaines.

J’ai couvert ce sommet présidentiel il y a huit ans, j’ai enquêté sur les accusations pendant trois mois et ai publié la première de plusieurs enquêtes en mai 1999 (voir « Clinton et ses copains narcos mexicains », Boston Phoenix, 17 mai 1999). Les articles suivants et les traductions des enquêtes de Por Esto ! sont parus à Narco News après que nous avons commencé à publier en avril 2000. En juillet de cette même année, Narco News, l’éditeur de Por Esto !, Mario Menédez Rodríguez, et moi-même nous sommes retrouvés accusés à la Cour suprême de New York dans un procès fomenté par Banamex. La banque avait engagé le cabinet d’avocats lobbyiste Akin Gump de Washington pour nous harceler avec ce procès fastidieux. Plus d’une année de nos vies a été dominée par la présentation minutieuse de toutes les preuves au tribunal. En décembre 2001, la Cour suprême a infligé un violent soufflet à Banamex (à l’époque partie de Citigroup, l’institution financière la plus riche du monde) : elle a débouté Banamex et a établi pour la première fois les protections du Premier Amendement pour les journalistes internet aux Etats-Unis. Les articles vindicatifs de Narco News et de Por Esto !, les motions légales et les déclarations sous serment, ainsi que la couverture presse internationale considérable du procès sont désormais rassemblés dans une archive disponible en ligne et gratuitement ici.

La cour a jugé :

« Narco News, son site internet, et les rédacteurs qui ont envoyé des informations ont le droit à toutes les protections du Premier Amendement accordées à un organe de presse ou à un journaliste… De plus, la nature des articles imprimés sur le site internet et les déclarations de M. Giordano à l’université Columbia constitue une question d’intérêt public car l’information publiée est en relation avec le commerce de drogue et cela affecte les gens vivant dans cet hémisphère… »

Humiliés par les faits et par la décision de la cour, les supers avocats de Banamex sont repartis la queue entre les jambes et ont refusé de parler à la presse tout comme Hernández et les représentants de la banque. Por Esto ! a continué d’enquêter sur l’opération de trafic de cocaïne qui n’avait jamais été poursuivie en justice et de résister aux persécutions de l’état mexicain, celui-là même qui protège les criminels en cols blancs qui font du trafic de cocaïne pendant qu’il orchestre un grand show médiatique sur la poursuite en justice des trafiquants de deuxième zone que la presse obéissante catalogue à tort « cartels ». Narco News – en partie grâce à l’attention globale générée par le procès Banamex – est passé du minuscule site internet d’un journaliste à un projet de plusieurs centaines de personnes encore en développement, avec des millions de lecteurs à travers le monde dans désormais sept langues. Roberto Hernández fait maintenant partie du conseil de Citigroup, voyage gratuitement pour se rendre à son siège social à New York. Mais des millions de personnes de plus sont informées et comprennent désormais : la guerre de la drogue est une farce dirigée par des gouvernements qui est au service des narcotrafiquants de haut vol tout en arrêtant et emprisonnant des millions d’usagers et de dealers à la petite semaine.

Huit années plus tard, les deux pays ont de nouveaux présidents et les deux ont accédé à ces postes par le biais d’une fraude électorale éhontée. Aujourd’hui, Air Force One va déposer George W. Bush dans la capitale du Yucatán, Mérida, où il rencontrera son homologue mexicain, Felipe Calderón, durant deux jours. Une partie de cette rencontre aura lieu dans la même hacienda de Temozon Sur de Roberto Hernández où Clinton et Zedillo se sont réunis en 1999. La zone hôtelière de Mérida et la ville de Temozon Sur sont aujourd’hui « en état de siège » : plus de 3 000 soldats et policiers mexicains et états-uniens ; 900 d’entre eux campent dans des tentes derrière le Hyatt Regency et le Fiesta Americana. Les résidents de ces endroits sont empêchés de se déplacer dans leur propre quartier. Les manifestants sont retenus par des murs à des kilomètres de là. Les médias corporatistes vont – si le passé est un prologue – cacher les faits embarrassants au public à propos de la « narco hacienda » où se rencontreront les deux présidents mais ils vont, sans aucun doute, citer ces derniers lorsqu’ils se féliciteront mutuellement pour leur héroïsme dans la prétendue lutte contre le trafic de drogue.

Bush est républicain. Clinton est démocrate. Calderón fait partie du Parti d’Action Nationale (PAN). Zedillo est membre du Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI). Les partis et les logos changent mais c’est la chanson reste la même. Le président-directeur du comité exécutif de Citigroup, Robert E. Rubin, qui, en tant que secrétaire du Trésor de Clinton, a accusé Banamex de blanchiment de l’argent de la drogue, a organisé le rachat par Citigroup de la banque mexicaine en 2001. Hernández a reçu 14 milliard de dollars mais n’a pas payé un seul peso de taxe pour la vente au gouvernement mexicain. Les prisons des deux pays sont remplies de gens qui n’étaient que des pions dans leur jeu tandis que les criminels en cols blancs et les politiciens corrompus continuent de s’enrichir avec une « guerre contre la drogue » bidon.

Dans une hacienda du Sud-Ouest mexicain, c’est encore une fois un goût de « déjà vu ». Mais le dernier effort d’« assainissement d’image » des criminels en cols blancs et leurs laquais de la presse corporatiste trahit leur inconfort et leur désespoir. Après tout, si le sommet de 1999 de Temozon Sur avait réussi à blanchir les banques et les deux gouvernements, ils n’auraient pas besoin de tout recommencer. Le public des deux nations a fini par comprendre, maintenant plus que jamais, que quelque chose ne tourne pas rond là-haut. Ceci est particulièrement vrai du Mexique mais la population endormie des Etats-Unis ne dort plus aussi bien qu’avant. En dépit des sourires, des photos et des poignées de main affichées pour la presse obéissante, l’humeur à Temozon Sur cette semaine ne sera pas, contrairement à ce qui s’est passé il y a huit ans, celle du triomphe.

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